titre étape 3 californie
La Californie et le surf, c’est une grande histoire d’amour. Dans le deuxième épisode de notre road trip sur la côte Ouest, nous partons à la découverte des plages, de la glisse, et à la rencontre d’une légende. Intrigués ? C’est normal… 
plage Pacifica
Van et planche de surf Pacifica
cliffs Pacifica
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Introduction // Etape 1 : San Francisco // Etape 2 : Half Moon Bay - Santa Cruz //

Etape 3 : Santa Ynez - Santa Barbara // Etape 4 : Venice Beach, Los Angeles (à venir)

Il y a des routes dont la simple évocation emporte l’imagination. La traversée du Karakorum entre le Pakistan et la Chine, la route 40 en Argentine, la côte Amalfitaine…et la Highway 1. Une autoroute côtière qui, combinée à sa petite sœur la 101, commence à la frontière Canadienne, entre Vancouver et Seattle, et descend jusqu’à San Diego, dernière ville avant le Mexique, jumelle de la sulfureuse Tijuana. Sur sa portion historique, en Californie, la route mesure 882 kilomètres, et commence à Legett, un peu au nord de San Francisco, pour descendre vers le sud, avec l’océan pacifique pour seul horizon à sa droite, et une infinité de montagnes et de forêts traversées à sa gauche. Un road trip qui fait partie intégrante de la culture Californienne, largement représentée par un sport : le surf.

Partis à l’aube de San Francisco, nous nous lançons à notre tour sur cette route mythique, direction Half Moon bay. Une petite ville située sur la côte Pacifique, à 40 minutes de voiture, et connue pour être un des hauts lieux du surf Californien, grâce à la présence d’un spot de « Big wave » aussi beau que dangereux : les célèbres vagues « Mavericks ». Si célèbres qu'une petite startup californienne au logo en forme de fruit en avait même nommé son logiciel. Aujourd’hui légendaire, ce spot a pourtant longtemps été ignoré par la communauté du surf, qui y voyait un délire vantard de celui qui affirmait l’avoir ridé, un jeune homme du nom de Jeff Clark. Il semblait à l’époque évident à tous que nulle vague massive ne se trouvait le long de la côte - celles-ci étant réservées à Hawaii, lieu de naissance de la discipline et d'un autre monstre liquide : la vague Jaws.

combi Volkswagen à Half Moon Bay, Californie
Lagune au cap de Half Moon Bay, où la vague Mavericks apparaît tous les hivers
Jeff Clark riding Mavericks in 2010
routes de Californie au coucher de soleil

Retour en arrière : À la fin des années 50, la Californie baigne dans une culture pop très influencée par le surf, notamment grâce à l’industrie musicale. On pense bien évidemment à la surf music, forme de Rock’n’roll instrumental popularisé par Dick Dale et les Del-tones, les Surfaris, ou bien encore les Ventures. Mais la lame de fond viendra de la formation des Beach Boys, qui imposent le surf au cœur de l’image du mythe Californien dans la culture populaire mondiale, en venant rivaliser avec les Beatles au hit-parade. Quelques années plus tard, le groupe se débarrasse de cette étiquette devenue collante pour se consacrer à des voies plus expérimentales, mais l’essentiel est là : le son américain des années 60 reste façonné par des titres comme « Surfin’USA », « California Girls », « Surfer girls », « Girls on the beach », ou encore « Surfin’ Safari »… Un tantinet répétitif dans l’inspiration, mais efficace. La Californie est désormais pour très longtemps le pays des filles qui courent sur la plage, des virées en bagnole avec les copains…. et du surf. Aujourd’hui reconnu comme un des plus grands surfeurs de l’histoire, Jeff Clark se souvient de cet époque comme si c’était hier : « Ce que la Californie représentait, c’était la liberté. Refuser de rentrer dans le rang, et faire ce que tu penses pouvoir faire, pas ce qu’on te dit de faire. »

Assis dans sa boutique de Surf sur la plage de Half Moon Bay, le surfeur qui a accepté de livrer un entretien à l’équipe de La Garçonnière raconte son enfance, et nous buvons ses paroles comme des gamins. Fils de pêcheur, le jeune Jeff vit à 30 mètres de la plage dès ses 9 ans. Il voit les vagues depuis la table du petit déjeuner, et se jette à l’eau tous les jours, fabriquant ses propres planches, et progressant à mesure que sa compréhension de l’océan et des vagues s’affine. « Il y a une seule constante avec l’Océan, c’est qu’il essaye toujours de t’emporter. Quand tu commences à surfer des vagues plus grosses, toutes tes décisions doivent être très calculées, très réfléchies. » Jusqu’à la découverte de Mavericks, qui devient peu à peu son Graal : « J’avais regardé Mavericks pendant quelques années, et j’attendais d’être prêt. Je n’avais pas peur, je voulais ce challenge plus que tout autre chose au monde. Je ne savais pas si ma planche suffirait mais je voulais y aller. Un jour, j’ai nagé jusque-là. C’était en 1975, j’avais 17 ans. ». 

Mavericks Surf Shop, Half Moon Bay, California

Le reste appartient à l’histoire, mais la communauté du surf ne reconnait l’existence de cet exploit qu’en 1990. Depuis, des compétitions sont organisées chaque année, mais le lieu reste d’un danger extrême, avec des vagues montant entre 7 et 15 mètres l’hiver, au plus fort de la saison. Plusieurs surfeurs y ont laissé la vie.

À 60 ans, Jeff Clarks ride pourtant toujours Mavericks, mais s’est assagi. « Plus jeune, je n’avais pas de limites, je ne savais pas où elles étaient. Maintenant je sais où elles sont, je crois en Dieu. » Il s’arrête pour rigoler… « Je ride toujours Mavericks. Mais je choisis mes jours pour le faire, j’ai 60 ans, je ne suis plus aussi rapide, mais l’expérience et les connaissances compensent, et m’aident à faire la bonne chose, au bon endroit, au bon moment. C’est la clé pour continuer à surfer cette vague. Tu dois choisir la bonne. La mauvaise brisera ta planche, mais la bonne te donnera le ride de ta vie. » Aujourd’hui, Jeff Clarks vit toujours là où il a appris à surfer, fabrique toujours des planches - qu’il commercialise désormais - et a monté une marque de vêtements de surf au nom de la vague qui l’a rendu célèbre.

Un grand-père serein, humble, et un homme d’affaires averti ! Il faut dire que depuis les années 60, les sports de glisse se sont largement développés en Californie, du Surf au Kite en passant par la planche à voile, et même désormais à l’Hydrofoil. Jeff vient d’ailleurs de lancer une entreprise spécialisée dans ce nouveau sport.

La plage de Half Moon Bay

© DAVID HARRY STEWART

Vue de la côte Californienne à Half Moon Bay
Jeff Clark à la recherche de la vague

© DAVID HARRY STEWART

Vous rêvez d'une planche faite par un shaper de renom ? Cliquez sur l'image pour en savoir un peu plus.

no fear jeff Clark nage vers Mavericks
Jeff Clark jeune
Jeff Clark shaper planches surf
Cabine de sauveteur à Santa Cruz
Le parc d'attractions de Santa Cruz

En reprenant la route vers le sud, les plages s’enchaînent au bord de la Highway 1. Un peu au nord de Santa Cruz, nous arrêtons la voiture quelques instants afin d’admirer les planches à voile et les kite surf, puis poursuivons jusqu’à la ville célèbre pour son parc d’attractions, le « Santa Cruz Beach Boardwalk ».

Ambiance stands de jeux, montagnes russes en bois, et surfeurs dans l’eau, bien évidemment. L’endroit parfait pour un shooting des produits de La Garçonnière consacré à la plage… sous le regard amusé des touristes en goguette. N’aurions-nous donc pas des physiques de mannequins ?

Le soleil se couchant, les baraques à saucisses ferment leurs portes sur la plage, et nous nous décidons à reprendre la route. Malheureusement pour nous, celle-ci est coupée en direction de Big Sur, et il faut se résoudre à faire un détour par l’intérieur des terres pour rejoindre le sud de la Californie. Après des années de sècheresse intense, des immenses intempéries ont en effet provoqué un immense éboulement, qui a enseveli l’autoroute sous pas moins d'un million de tonnes de gravats… Un sacré rappel des forces de la nature à l’œuvre dans cet état entre océan, désert et montagnes.

Tant pis pour Big Sur, nous pourrons toujours nous rabattre sur le livre du même nom écrit par Jack Kerouac, racontant sa vie dans une cabane au bord du Pacifique.

Les Bons Plans de la Route 1

 

Meilleur petit déj The Press, 107 Sevilla Ave, Half Moon Bay, CA 94019

Surf Shop de Jeff Clark Mavericks Surf Shop, 25 Johnson Pier, Pillar Point Harbor, Half Moon Bay, CA 94019

Un Motel de passage bien tenu  : Motel 8, 1013 Front St, Soledad, CA 93960

Une attraction typiquement américaine : Pismo Beach, CA 93449

 

Il s’agit désormais de trouver un motel correct pour y passer la nuit. Nous empruntons un itinéraire bis qui passe par la Central Valley… L’occasion de découvrir la Californie d’un côté moins touristique. Notre halte pour la nuit ? La petite ville de Soledad, un bled entouré de champs dans le comté de Monterrey. Pour vous donner une idée, la mission espagnole originelle s’appelait « Notre Dame de la Solitude », et le chef d’œuvre de John Steinbeck « Des souris et des hommes » - une histoire pas vraiment joyeuse sur deux pauvres migrants dans les années 20 - commence dans la ville. Nous réussissons pourtant à nous trouver un petit motel fort sympathique, ainsi qu’un établissement de qualité entre la pizzeria et le dive bar, du nom de « California gourmet Pizza ». Autant dire tout de suite que la partie « Gourmet » ne saute pas aux yeux, mais l’hôtesse étant très sympathique, nous nous consolons sur la bière… Avant de bientôt mourir d’effroi devant les cocktails bus par les locaux : un mélange de bière, de jus de tomate, de crevettes, d’ail et de jus d’orange, avalés dans des grandes chopes d’un litre les uns après les autres. Une angoisse liquide que Google semble désigner sous le nom de « Michelada con Camarones » (À ne pas tenter de reproduire chez vous.)

Pose sur le toit de notre voiture, à Pismo Beach

Au réveil, après un petit-déjeuner à haute intensité calorique dans un  diner  typique, retour sur la route, direction la côte. C’est à Pismo Beach que nous retrouvons la Highway 1, et découvrons une intéressante spécialité locale : les ballades en pick-up sur la plage, drapeau américain au vent. 

Pas inquiets, nous suivons avec notre voiture de location, pour le plaisir de faire nous aussi des gros dérapages sur les vagues qui viennent se briser sur la plage. La fameuse liberté Californienne, c’est aussi celle de faire des conneries. Et c’est vachement drôle.

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