Titre chaussettes Royalties
L’équipe de La Garçonnière vous emmène à la poursuite d’une chaussette, du premier dessin à la fabrication, de Paris au Limousin.

Comment ne pas perdre ses chaussettes ? À cette question, qui tiraille l’homme depuis l’invention de la maille - et qui est sûrement aussi excellente pour le référencement de cet article - nous sommes allés chercher une réponse jusqu’à Limoges, dans l’usine de fabrication de la famille Broussaud. On vous laisse imaginer le trajet, la nuit en face de la gare SNCF, le dîner au PMU, les rognons à la crème : Une belle aventure, presque du grand reportage. Et pourtant, malgré une immersion intense en zone de fabrication de chaussettes, nous sommes rentrés la queue entre les jambes. Chou blanc, malgré une tentative futée de Camille, la directrice commerciale des chaussettes Royalties, de nous aiguiller sur une piste : « si on perd ses chaussettes, il faut simplement en racheter une paire. » Habile Camille, jamais une occasion perdue de conclure une vente ! Mais comment lui en vouloir ? Les chaussettes Royalties, à La Garçonnière, c’est un peu la famille. Il faut dire que la marque travaille dans notre espace de coworking, juste au-dessus de la boutique. Un lieu de brainstorming intense où les blagues fusent aussi vite - parfois un peu plus - que les idées. Alors forcément, ça crée des liens.

Mais remontons un peu dans le temps. Royalties est créée en 2011 par Timothée Pic et Emmanuelle Plescoff, qui travaillent alors tous les deux chez Christian Lacroix. Leur ambition : « donner du chic à la chaussette ». « Nous travaillons alors en indépendants, avec d’autres contrats, notamment chez Armor-Lux, pour qui nous avons commencé à faire des silhouettes, et à imaginer des chaussettes façon marinière, se souvient Timothée. Celles-ci étaient très nouvelles, très fraîches, et on a commencé à imaginer le projet de créer quelque chose ensemble, d’accessible et de qualitatif, avec une fabrication française. L’idée était de travailler avec de beaux fils, et la chaussette était alors un terrain de création assez vierge, exploité seulement par des industriels. »

 

salle des machines ateliers Royalties
ouvrière ateliers chaussettes Royalties
bobines de fil ateliers Royalties
Inspiration Royalties

De fil en aiguille, sans mauvais jeu de mot, le duo se plonge dans un brief créatif intense, étape nécessaire à l’établissement d’une marque forte : « Le socle de notre inspiration globale est constitué par l’imagerie des campus anglo-saxons, des silhouettes à la Robert Redford, les illustrations de Norman Rockwell sur les mecs qui font de l’aviron, ou celles des pubs Arrow des années 50. Quelque chose de sain, de sexy et de sportif. » Le tout mâtiné d’une esthétique pop qui actualise les références : « Entre un certain dandysme warholien, l’élégance du duc de Windsor, l’esthétique des cravates de Bowie. Tout ça est compilé dans nos livres d’inspiration. Après l’ADN évolue, mais le socle reste. Au fil du temps, on a identifié ce que les gens venaient chercher chez nous, avec notamment une mode un peu plus héritage. On traite la chaussette comme un mini pull finalement »

Pour les motifs aussi, plongée dans les archives : « On a étudié les images des équipes de Baseball ou de Cricket des années 50, en réadaptant des motifs, par rapport à nos envies et à nos machines.  À chaque collection, on se nourrit de l’air du temps, on réfléchit, on rebondit sur un livre ou une expo. On définit une thématique, on construit une gamme de couleur. Je dessine ensuite à la main, mais ça peut partir d’un motif du 19e siècle réadapté, d’une idée originale, ou d’un motif d’une saison précédente avec de nouvelles couleurs. » Car il s’agit bien sûr d’adapter ces idées aux possibilités techniques offertes par les machines. Pas si simple de passer d’un dessin à un tricotage industriel ! « Au fil du temps, on a pris un virage plus technique, on a appris sur les fils, on s’est affiné dans nos choix, dans les compositions » explique Timothée.  

Moment crucial de la création : l’envoi des dessins à Joël, le dessinateur industriel de l’usine Broussaud, qui adapte les motifs aux machines au sein de l’usine de fabrication. « Il nous renvoie les échantillons, et ensuite on affine. C’est là où est toute notre valeur ajoutée. Les autres fabricants n’ont pas forcément le temps d’aller autant dans le détail. Nous on travaille sur les ombres, les nuances de couleurs, d’une façon assez subtile. Il y a rarement un motif de la même couleur avec le même fond sur plusieurs saisons par exemple. »

Retour chez Broussaud où Joël vient justement de recevoir un dessin de flamant rose pour les collections été. « Tim m’a donné ses dimensions et je suis en train de le travailler à l’échelle. » Le logiciel utilisé se travaille pixel par pixel, comme dans les vieux jeux vidéo : « en fin de compte c’est du bitmap, on travaille au pixel, au format directement dessus. Comme ce bon vieux logiciel Paint. Après maintenant avec les nouveaux logiciels il y a des conversions, mais le problème c’est que souvent ça donne un dessin vectorisé qui est ensuite repassé en pixel. Ça massacre le motif. Donc on est obligé de tout retravailler. » Pour ne rien simplifier, les dessinateurs doivent prendre en compte le port de l’accessoire par le client, et son effet sur le dessin !  « On joue avec la déformation de la maille, parce pour que un dessin, vous faites un cercle qui doit faire 1 cm, ce qui correspond dans la maille à 12 rangs de haut et 9 de large. Donc moi à l’écran, j’aurai un ovale. » Pas si simple de passer de la création pure à la réalisation !

Après validation des prototypes, il est temps de passer à la dernière étape : la fabrication. Les dessins sont enregistrés sur des grosses disquettes dans leur format pixelisé, et envoyé aux machines. La salle qui les accueille a quelque chose de fascinant : partout des bobines, des fils, le bruit du tricotage en cours, les ouvriers aux mains expertes qui passent d’une machine à l’autre. Et des chaussettes qui tombent, régulièrement, dans un bac en plastique. La machine lit le dessin, envoie un fil pour chaque couleur renseignée sur les pixels, et tricote. À la fin, c’est une chaussette entière, ou presque. Il faudra encore passer par plusieurs étapes pour les finitions, la couture du pied notamment, mais le principal est désormais fait.

Nous retrouvons Camille, la directrice commerciale de la marque afin l’interroger sur l’intérêt pour Royalties de travailler avec une unité de production française, au-delà des effets de communication. « Ici ça fait 5 ans qu’on travaille avec cette usine, nous explique-t-elle. Depuis le début en fait. Donc l’usine accompagne notre développement. » De fait, Broussaud ne se contente pas de produire, mais va jusqu’à gérer les expéditions pour la marque, y compris pour son site e-commerce.

table chaussettes Royalties
ouvrière atelier Royalties
animation stop motion motifs chaussettes Royalties

Une vraie valeur ajoutée, dans un partenariat allant beaucoup plus loin qu’une relation de fournisseur à client : « c’est vraiment un travail d’équipe et d’échange permanent, il y a beaucoup de transparence dans nos projets et ce qu’on a envie de développer ensemble. Nous on est issu d’une culture mode créative. Donc on avait besoin de soutien technique : le fait d’être très proche, de ne pas avoir de barrière de la langue, ça permet d’échanger, on progresse chacun avec le savoir et les compétences des autres. » Ce qui permet à la créativité de la marque de s’exprimer : « Dans les recherches que fait Timothée, on a des parfois coup de cœurs sur des motifs, sur des techniques des jeux de point ou des rendus matières. Ce qui fait qu’on interroge, on challenge l’usine, et on travaille ensemble pour sortir un produit qui soit conforme à nos valeurs. » Un pari gagné, à découvrir à La Garçonnière toute l’année.

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