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Des motos et des hommes

Quelque part, sur une route d’Amérique…

Une route déserte bordée d’arbres hauts, le soleil qui se lève doucement dans un ciel azur, quelques oiseaux qui chantent, presque discrets, comme pour ne pas troubler la quiétude des bois. Soudain, dans un boucan d’enfer, trois barjos débarquent à toute berzingue sur leurs motos customisées, et filent au loin vers leur destin rebelle, alors que le ciel s’ouvre en deux et qu’un riff de guitare sorti d’un morceau d’AC/DC vient déchirer l’atmosphère…. Un peu fantasmée notre vision des bikers ? Certes, en 2017, on trouve plus de cadres que de jeunes chefs de bande chez les furieux de la mécanique et des virées au long cours, mais l’imaginaire collectif conserve encore une vision sauvage de la moto.

Propagée par le cinéma, infusée par la musique, appuyée même par la littérature, nos fiers destriers mécaniques ont profondément marqué jusqu’à l’histoire du siècle qui les a vu naître. Y aurait-il eu un Che si le jeune Ernesto Guevara, 23 ans, n’avait pas enfourché un matin sa vieille Norton 500 cm3 de 1939 rebaptisée par Alberto – son compagnon de voyage – « La Poderosa », pour découvrir le continent sud-américain ? Que serait devenu Lawrence d’Arabie s’il n’avait pas rencontré la mort au guidon de sa Brough superior en 1935 ? Et qui sait ce que l’aviation doit aux années de bricolage de Charles Lindbergh sur l’Excelsior qu’il acheta en 1920 ?

Et l’on ne parle là que d’histoire ! Dans la culture pop, c’est un festival de références, intimement liées à l’apparition du rock’n’roll, au développement du cinéma, et à l’affirmation de soi de la jeunesse occidentale dans les années 60. Songeons à Marlon Brando en chef de bande belle gueule à grosse casquette dans L’équipée sauvage, solidement assis sur une Triumph Thunderbird 6T, et toujours prêt à se castagner. Ou aux héros d’Easy Rider, qui traversent l’Amérique défoncés sur leurs choppers custom. Une veine cinématographique fascinée par un mode de vie alternatif, libertaire, parfois violent et souvent sous l’influence de produits stupéfiants, qui se poursuit jusqu’à aujourd’hui avec la série Sons of Anarchy.

Côté Littérature, on trouve aussi une production conséquente, depuis l’enquête immersion sur les Hells Angels écrite par Hunther S. Thompson en 1966, qui se termina par une baston où les motards défoncèrent joliment le journaliste, jusqu’à « Berezina », récit de voyage de Sylvain Tesson qui voit l’écrivain voyageur emprunter la route de la retraite de Russie des armées napoléoniennes sur un side-Car Oural, soit la copie soviétique des modèles d’époque seconde guerre mondiale de la Wehrmacht. Pas la moto la plus confort pour se taper l’hiver russe, mais quand on aime la route, on ne compte pas les engelures !

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Et pour se plonger dans cet univers de chrome et d’acier, nous sommes partis filmer, caméra au point et GoPro sur le guidon, trois riders en pleine démonstration de force. À dos de leur Ducati Scrambler Café Racer, Royal Enfield Continental GT Vitesse et Triumph Scrambler, ces trois mecs au style impeccable et à la vanne facile profitent, dès notre sortie des bouchons parisiens, des rayons du soleil qui traversent de part en part les routes forestières bordées d’arbres. Des contrastes lumineux splendides, qui malgré le rugissement des bolides inspirent une sérénité sauvage, sorte de paradoxe que seuls ces aventuriers de la route peuvent apprécier à sa juste valeur – et nous aussi, du coup.

Après une pause rafraîchissement des gorges et des moteurs, nous donnant l’occasion de tester les fameux “pot’cho” de chez Kytone (sorte de couverture modulable servant aussi de toile de tente), nous reprenons la route, coffre ouvert derrière la voiture-balai pour laisser le champ libre à la créativité de notre vidéaste. À la recherche du prochain spot, nous tombons presque par hasard sur une route presque abandonnée, aussi pentue que sinueuse.

Sourire simultané et presque béat de nos pilotes du jour : une aubaine pour baisser un peu les genoux en virage, travailler ses courbes et pousser sur les gaz. Nous quittons ce fabuleux terrain de jeu pour notre dernier objectif : quelques plans tournés au drone avant le coucher de soleil imminent, irradiant la scène des lumières de cette fin de journée.

Par chance, la campagne francilienne regorge de vastes champs, et nous trouvons rapidement l’endroit parfait pour ces derniers rushs : des chemins sablonneux qui sillonnent les cultures jusqu’à l’orée de la forêt, laissant un horizon presque vierge pour mieux profiter du soleil couchant. Les phares tranchent maintenant avec le jour descendant, les volutes de fumée laissées derrière les roues nous donnent des impressions d’une scène dans le désert tirée de Mad Max, et notre drone décolle donc pour quelques dernières prises qui font honneur à l’étymologie du terme « scrambler ». Fatigués mais ravis, nos chemins se séparent sur la route du retour. Hommes et motos s’en vont profiter d’une douche bien méritée.

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