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Chers clients, amis, ou les deux en même temps !

Ça y est, on sort d’un mutisme de 3 semaines pour enfin s’adresser à vous. Avant tout pour vous souhaiter bon courage durant cette période difficile et inédite, où si l’économie et la société entière en sortiront chamboulées, la priorité actuelle reste votre santé, et celle de vos proches.

Si on a souhaité garder le silence un temps, c’est parce que - comme tout le monde finalement - on était dans le flou. Et pas un petit flou hein, plutôt une de ces brumes opaques à 23h sur une départementale, où vous ne voyez pas à 3 mètres (ou à 3 jours), et à essayer de regarder trop loin sur le chemin on aurait risqué de se prendre un arbre. Aujourd’hui, on y voit pas beaucoup plus clair mais on sait au moins une chose : le confinement est parti pour durer.

Donc il fallait bien qu’un jour on vous explique : on a dû se louper quelque part. Sans vraiment le faire exprès, remarquez. Mais il faut s’en tenir aux faits, il semble que le jour où on s’est réunis pour lancer La Garçonnière, on a du faire un truc pas net à notre insu. L’endroit devait être un ancien cimetière druidique, avec des ondes vraiment pas terribles. Parce depuis, on enchaîne les coups du sort...lisez plutôt :

2015.

Première édition de La Garçonnière en Pop-up, démarrage prévu le 19 Novembre, l’excitation est à son comble.. Arrive le 13 Novembre : Paf, les attentats. Bon, on se lance, le cœur meurtri et le moral en berne, mais faut quand même avancer. La sauce prend, le projet plaît, et La Garçonnière prospère pendant 2 jolies années pour devenir une enseigne prometteuse. On tente, par notre labeur, de se donner les moyens de nos ambitions.

Les débuts, dans le Sentier, en 2015

2018.

On est prêts à accélérer ! Ouverture de Bordeaux en Mars et de la nouvelle boutique du Marais en octobre : On a mis nos c….. - pardon, économies - sur la table. Un travail monstrueux, où fondateurs et équipes participent tous aux travaux, mais on est parés pour Noël, avec deux boutiques flambant neuves et une équipe au taquet pour la plus grosse période de l’année. Et là, Bim ! Les gilets jaunes. Et puis pas au loin hein, ce serait trop facile. À Bordeaux, le seuil de la boutique cours Alsace-et-Lorraine devient même pendant trois mois le passage préféré des manifestants, puis le parking des camions de CRS. Trop sympa.

2018. Les Gilets Jaunes, de Novembre à Mars.

2019.

Bon, l’année suivante, on se dit que ça devrait aller. On courbe l’échine, et on redouble d’efforts : on embellit la boutique et le coffee shop, on recommence nos thématiques éphémères, et on se prépare pour Noël parce que cette fois, c’est la bonne !
Et bien non, les grèves maintenant. Tout Paris bloqué, plus un chat en boutique, et hop, deux Noëls de cramés en 13 mois. Ça commence à être vraiment complexe...

- “Euh s’il vous plaît, 2020, nouvelle décennie, on va peut être se calmer dites-donc ?“
- “Pas du tout !” nous répond une voix d’outre-tombe. “On a de la belle catastrophe en stock, dans le genre pandémie mondiale.” Tadam, confinement, fermeture, tout le monde dans son lit, et une actualité à vous mettre au bout du rouleau (de PQ ?). À ce niveau là, on veut bien s’accrocher, mais il faut tout de même reconnaître que la machine est vachement bien huilée pour nous couler.

Mais on est bien embêtés quand même, car on a pas vraiment envie de faire pleurer dans les chaumières. D’abord parce qu’on est pas les seuls, et puis parce qu’il y a clairement pire en ce moment qu’une boutique qui ne va pas très bien

Mais c’est qu’on l’aime, cette boutique, bordel ! Qu’on y a cru dans ce projet et qu’on y croit encore, surtout maintenant, dans une période qui s’annonce demandeuse de projets qui ont du sens, et où sauver les petites entreprises devient crucial pour atténuer la récession qui s'annonce.

Il y a deux ans, nous avions fait le calcul, il y avait en boutique 70% de marques qui avaient moins de trois ans. Alors oui, ça reste un business, mais on était ravis d’y avoir trouvé plus qu’une simple activité économique. La rencontre entre six jeunes entrepreneurs dans le domaine des accessoires pour hommes s’était transformée en un écosystème complet autour de l’art de vivre masculin, façonné pour et par les jeunes marques qui en sont les actrices principales. Au cœur du Marais, notre concept store installé sur presque 400 m2 recevait une clientèle diverse et exigeante, qui adhérait à fond au concept et à nos valeurs.

Une petite entreprise créée avec 2500€ en poche, qui faisait travailler il y a encore quelques semaines une 20aine de personnes. Un nom qui commençait à résonner dans la tête de pas mal de parisiens et bordelais, avec une communauté de +26 000 personnes dont vous, qui nous suivez encore aujourd’hui, de près ou de loin sur les réseaux.

Et puis des projets, on en avait plein les tiroirs, dont certains bien entamés : transition vers une sélection de marques majoritairement éco-responsables, développement de notre site e-commerce, lancement d’une marque propre. Tant de perspectives excitantes pour consolider notre enseigne, afin de passer le cap douloureux d’une entreprise épuisée par deux ans de conflits sociaux qui ont déchiré la société française.

On parle à l’imparfait ? Oui, car soyons clairs : ce qu’était La Garçonnière hier ne le sera plus demain. On ne peut toujours pas vous dire quand ni à quel point l’entreprise sera affectée - à chaque jour son lot de surprises ces temps-ci - mais nous n’en sortirons pas indemnes. Après les Noëls 2018 et 2019, le COVID-19 résonne comme la dernière banderille qui vient achever dans l’arène le taureau fatigué, pourtant si fougueux quelques minutes auparavant.

Bien entendu, cette même conjoncture n’explique pas tout. Des erreurs, nous en avons fait, comme tous les entrepreneurs. Et dans un cycle économique “normal”, nous aurions pu nous relever facilement, et s’en servir pour avancer. Ce n’est clairement plus le cas aujourd’hui.

Alors voilà, vous en savez aujourd’hui autant que nous : La Garçonnière risque de disparaître, mais ça ne dépend plus vraiment de nous finalement. Si la moindre lueur apparaît, on s’y accrochera de toutes nos forces, soyez-en certains. Alors si vous possédez une lampe torche ou même un briquet, faites-nous signe.

Aujourd’hui, nos boutiques et notre coffee shop sont fermés. Nous avons aussi fermé notre e-shop dès le 1er jour de confinement, afin d’assurer la sécurité de nos employés, et ayant conscience que nos articles étaient loin d’être des produits de première nécessité pour mériter de faire s’exposer des livreurs. Alors comment nous aider ?

Comment nous aider ?

Repreneurs, investisseurs : Nos oreilles sont tendues et nos coeurs sont ouverts.

Clients, amis : Nos boutiques regorgent encore de produits qui ne peuvent être vendus. Nous avons mis sur le site un unique article : nos Cartes Cadeaux. Pour chaque carte cadeau achetée, nous vous offrirons 20% en plus de sa valeur lors de votre passage en boutique ou sur notre site, après réouverture.

Sur ce, on vous laisse, on va aller applaudir le personnel soignant qui se démène, et qui nous rappelle chaque jour qu’à coeur vaillant, rien d’impossible.

Prenez soin de vous, de vos proches, restez chez vous et partagez cette lettre.
Amicalement,

Gaspard, Hugues, Mathieu, Thibault, Valentin & Victor
Fondateurs de La Garçonnière