titre rsvp
Comment une petite marque de maroquinerie a réussi à remplacer le mannequinat par le recours à des saucisses de Francfort.

Mars 2017, un vendredi matin à quelques encablures de Belfort. Réveillés de très bonne heure, nous fonçons à travers champs dans une petite voiture bourrée d’appareils photos, afin d’arriver à l’heure au rendez-vous fixé par Jonathan, l’un des deux fondateurs de la marque de maroquinerie RSVP. Nous avons deux heures pour tourner dans leur atelier, une unité de production qui fabrique pour les plus grandes marques du luxe français. Il s’agirait d’être efficace et concentré, d’autant plus que la route du retour promet d’être particulièrement longue, après une semaine de tournage aux quatre coins de France.

couture
teinte de la tranche

Spécialisé à l’origine dans le bracelet de montre, l’atelier s’est depuis peu diversifié dans la maroquinerie, les savoir-faire étant très proches. À chaque étape de la fabrication, les gestes sont d’une précision absolue. Il s’agit d’abord de sélectionner les peaux, d’éviter les impuretés sur le cuir, les taches, les cicatrices. C’est ensuite le moment de la coupe, afin d’arriver au gabarit souhaité.

Tout l’art des artisans étant bien entendu d’utiliser le plus de cuir possible sur chaque peau, pour ne rien gaspiller. On passe ensuite à la refente, afin de désépaissir les pièces, puis au parage, pour préparer les bords à la couture. Il faut ensuite marquer à chaud avec le numéro de série - puisque RSVP fabrique des séries numérotées - coudre les bords, et peindre les tranches. À chaque étape, un auto-contrôle est effectué par l’artisan en charge du geste technique, afin d’arriver en fin de chaîne à un taux de pièces défectueuses quasi nul.  La quintessence du luxe à la française, dans le choix des matières premières, la transmission des savoir-faire, et l’exigence de qualité du produit fini.

production Rsvp
machine pour embossage
emportes-pièces pour embossages

Passant de poste en poste, nous filmons les étapes, en cadrant précisément chaque plan pour ne pas révéler les secrets des autres marques fabriquées sur place. Une obligation absolue dans le petit milieu du luxe, où la communication est paramétrée au millimètre.

Une communication très codifiée, dont RSVP a d’ailleurs décidé de s’affranchir, allant même jusqu’à prendre en photo des visuels très décalés en faisant côtoyer par exemple un portefeuille et une saucisse de Francfort, un avocat ou encore une aubergine. Un manifeste charcutier ? Quelques semaines plus tard, nous retrouvons Jonathan à Paris, cette fois ci accompagné de Thomas, l’autre tête pensante de la marque, et demandons des explications :  « L’idée, c’est de créer une marque de luxe du XXIe siècle, explique Thomas. Dès le départ, avec notre directrice artistique, on se rend bien compte que si on singe les codes des grandes marques, on va seulement faire moins bien, et on ne va pas se différencier. Donc on va chercher des univers visuels très différents, des typographies issues du web, des références aux codes de la grande distribution, pour créer un vrai décalage dans l’univers de la marque. On joue aussi sur les analogies de texture, cuir grainé et avocat par exemple. On sait qu’on va toucher notre cible en étant novateur. »

Parti pris gagnant puisque dès le lancement de la marque, en 2015, Vogue Paris s’enthousiasme pour ses produits en parlant d’une « sélection restreinte d’articles de cuir parfaitement réalisés et à prix raisonnables. » Dans la foulée, RSVP installe ses produits à La Garçonnière (la consécration suprême), puis lance deux collaborations exclusives avec le Bon Marché et la Maison Château Rouge.

 

vogue logo

Aujourd’hui, ses produits de petite maroquinerie pour hommes et femmes sont distribués dans une dizaine de points de vente répartis entre la France, l’Angleterre et le Japon. Une jolie réussite en à peine deux ans d’existence pour les deux fondateurs qui se sont rencontrés en 2005  : « On était potes au départ en fait. Jonathan a même failli devenir avocat fiscaliste.»

C’était 10 ans avant RSVP. 

choix des peaux de cuir dans les ateliers
prises de coutûre sur un sac à main

Lorsque Thomas entame le projet qui deviendra RSVP, Jonathan achève à l’époque une année à barouder en Asie après avoir travaillé en Chine dans la maroquinerie. « Quand un ami m’a parlé du projet, je descendais d’un trek de 3 semaines au Népal. C’était en mai 2014, et on a lancé le projet en septembre 2015. »

Un projet entrepreneurial qui évolue avec le temps, explique Thomas :  "Je ne trouvais pas ce que je voulais en Maroquinerie, notamment une belle mallette, donc j’ai suivi l’adage anglais : « If you can’t find it, make it. » ». Jonathan apporte de son côté l’expertise technique des métiers de la maroquinerie, auxquels il a consacré son début de carrière en montant notamment un atelier consacré à cette activité pour le sous-traitant d’une grande marque française. 

verre de vin et veau box bordeaux
élastiques et veau box noir
aubergine et veau box

Intégrant La Garçonnière dès ses débuts, RSVP fait désormais partie du projet de façon quasi organique. Un choix revendiqué par les créateurs de la marque : « On a commencé ensemble. La force c’est que la Garçonnière parle à tout le monde, ce n’est pas snob. Donc même s’il y a des marques au positionnement différent, plus loin du luxe, on s’intègre très bien. Et puis lors de notre intégration au projet, on avait trois mois ! Heureusement qu’on l’a fait car sinon, notre histoire aurait sûrement été différente. »

Ladite histoire a en tous cas bien commencé, et n'est pas prête de s'arrêter !

petit beurre caviar noir beige nature cuir rsvp
marquage à chaud logo rsvp maroquinerie