titre San Francisco

Pour notre première étape en Californie, nous atterrissons à San Francisco, berceau du mouvement hippie, de sa musique, où les artistes d'hier ont été remplacés par les milliardaires du net.

 

Vendredi 2 juin, San Francisco, 21h

Après une journée d’avion aux bons soins d’une compagnie à trop bas cout pour vous être recommandée, l’équipe de La Garçonnière débarque à l’aéroport international de San Francisco, musique de Maxime Le Forestier en boucle dans le casque. Bagages dans le taxi, caméra au poing, tout le monde se dirige vers Twin Peaks, pour prendre possession de l’appartement loué sur Airbnb.

Les sandwichs coutant dans l’avion le prix d’une soirée à la tour d’argent, l’ambiance est à la famine. A peine le temps de s’extasier devant la vue incroyable offerte sur la ville depuis notre appart et de boire un verre rapidos, nous descendons Market Street en direction du Castro, histoire de se ruer sur le premier falafel venu. La déception est à la hauteur de l’attente, mais rendons à Harvey Milk ce qui revient à Harvey Milk : personne ne vient dans le quartier pour sa scène gastronomique.

Le Castro, c’est surtout la capitale mondiale de la communauté gay, avec une multitude de bars, de boites de nuits, et de types dansant dans la rue. La fierté, la fête, et l’amour en somme. Un endroit bien à part, ou on peut se balader la saucisse à l’air en pleine journée, seulement vêtu d’un béret militaire rouge. L’histoire, vraie, ne dit pas si le monsieur appartenait aux commandos, mais sa musculature impressionnante pouvait le laisser suspecter. Ça a bien changé l’armée américaine...

maisons typiques de San Francisco, Californie
cadillac dans les rues de San Francisco
vue au coucher de soleil depuis Airbnb

Après une tournée de cocktails, le jet-lag commençant à se faire sentir avec force malgré la musique électro du bar qui perce les tympans. Tout le monde rentre donc se pieuter au chaud, dans une chambre avec vue sur les lumières nocturnes d’une ville que nous sommes pressés de découvrir plus avant. Au réveil, petit déjeuner à base de douceurs locales bien tassées en avocat, puis exploration du bas de la ville, autour de Noe Valley. Devant un petit café, un guitariste et un saxophoniste finissent une petite session jazz. L’occasion de les aborder, pour les questionner sur l’importance de la musique dans cette ville. Une fois son saxo rangé, l’un d’eux nous explique : « Je joue dans les nightclubs, dans les restaurants, ou ici dans la rue. Je vis à San Francisco depuis 30 ans, c’est une ville très ouverte, si vous respectez les règles vous pouvez faire ce que vous voulez. Mais pour la musique, il y a moins d’endroits aujourd’hui. Dans les années 80 c’était la folie, il y en avait beaucoup plus ! » De fait, la ville a profondément changé entre les années 60 et aujourd’hui, passant du rêve psychédélique au capitalisme technologique triomphant... Marqueur culturel majeur de la génération hippie, la musique en a forcément pâti.

saxophoniste busker dans les rues de San Francisco
Le Diamond Café, bon plan petit déjeuner

summer of love, street art sur Ashbury-Haight, symbole hippie de San Francisco
vue depuis Ashbury-Haight, quartier hippie de San Francisco
San Francisco de nuit

Petit retour en arrière : au milieu des années 60, une bande de jeunes chevelus apparu à la suite des grandes manifestations contre la guerre du Vietnam s’installe dans le quartier d’Haight-Ashbury. Ces hippies pratiquent l’amour libre, aiment la musique rock à tendance psychédélique - surtout quand ils ont pris du LSD - et revendiquent la paix, l’amour, le retour à la nature, et le droit de se rouler des énormes joints à toute heure du jour et de la nuit. Bref, ils ne sont pas hyper à l’aise avec la culture américaine triomphante, faite de gentils cowboys et de méchants indiens, de supermarchés, et de coca cola. Pourtant comme dirait Hubert Bonisseur de la Bath (Philosophe français de la deuxième moitié du XXe siècle, ndlr) « C’est le vrai monde dehors ».

Mais le vrai monde, les hippies n’en ont cure, ils préfèrent en bâtir un nouveau. Leur grand moment vient en 67, avec ce qu’on appellera le Summer of love, qui voit débouler dans la ville des dizaines de milliers de types avec leurs guitares, des filles topless, des poètes en voyage, des musiciens sous acide... Scott Mc Kenzie écrit son tube mondial « If you’re going to San Francisco… Be sure to wear some flowers in your hair.” Ce qui donne : “Si tu vas à San Francisco, n’oublie pas de mettre des fleurs dans tes cheveux”. (Un conseil sympathique, mais qui ne fonctionne pas pour la douane américaine, autant vous le dire tout de suite, il faut aussi un visa.)

Fatalement, tout ça s’écroule assez rapidement dans un grand mélange d’overdose d’héroïne et de MST : les années 70 commencent. Un an plus tard, en 1971, un journaliste utilise pour la première fois le terme de Silicon Valley pour désigner les entreprises technologiques du sud de la baie. Une nouvelle histoire débute, qui aboutira entre autres joyeusetés à l’invention du microprocesseur, de l’ordinateur personnel, d’internet, du smartphone, et pour finir cette brillante lignée de créations géniales, de Snapchat (On ne peut pas être génial à tous les coups). Faut-il en conclure que les hippies ont perdu la partie ? Pas si sûr : parmi les grands patrons de l’industrie technologique des années 90, plusieurs ont revendiqué l’influence de ces idées sur leurs créations. Notamment Steve Jobs, qui consommait régulièrement du LSD au cours des années 70. Et comment ne pas voir dans l’esprit libertaire soufflant sur les débuts d’internet l’héritage des hippies ?

Les Bons Plans à San Francisco

 

Meilleur petit déj : Diamond Café, 751 Diamond St, Noe Valley, SF

Restaurant mexicain végétarien : Gracias Madre, 2211 Mission St, Mission, SF

Meilleur Airbnb du monde : Chez Frank https://www.airbnb.fr/rooms/16427484

Magasin de disque : 1-2-3-4 Go ! Records, 1038 Valencia Street, Mission, SF

Restaurant japonais dans Japantown : Sanppo, 1702 Post Street, Japantown, SF

Une marque street vraiment de là-bas : Faze Apparel, 3236 21st, Mission, SF

Reste le nerf de la guerre. Avec l’arrivée de l’industrie technologique et sa vampirisation de toute la baie de San Francisco, l’argent a changé la ville. Un sentiment confirmé par Jerry, qui travaille pour une des grosses entreprises du domaine : « C’est incroyable, tout le monde parle tout le temps d’argent ici. Si tu te poses dans un bar et que tu écoutes les jeunes, ils sont en train de discuter de comment faire plus d’argent » Esprit entrepreneurial ou simple appât du gain ? Si à New York, tout le monde est écrivain, à San Francisco, tout le monde a un projet d’application pour smartphone. Parmi les endroits de la ville qui souffrent justement de la gentrification impulsée par les jeunes cadres de la tech, la « Mission ». Plus vieux quartier de San Francisco, cette ancienne mission espagnole est habitée majoritairement par la communauté latino. Mais l’arrivée massive des employés de Google, de Facebook, d’Uber ou de Salesforce a provoqué une hausse des prix démesurée, qui empêche désormais certains habitants de se loger décemment.

Mission - quartier latino et street art
L'élégance des pompiers californiens
Faze Apparel, tshirt Mission

Au détour d’une rue, à l’entrée du quartier, nous découvrons « Faze » une petite boutique de prêt à porter qui attire notre œil.  Faze est un acronyme pour « Fearless and Zealous everyday » (Sans peur et zélé tous les jours, mais ça fait moins cool en francais). Très accueillants, ses fondateurs nous expliquent leur démarche :

« On en avait un peu marre de l’offre qui nous était proposé, et on voulait commencer quelque chose de nouveau. On ne venait pas de la mode, donc on a commencé par faire des t-shirts, les vendre sur des petites tables dans les magasins du quartier, et puis on est monté jusqu’à avoir ce magasin. » Un business qui se maintient, malgré la aussi une pression dû à la pression immobilière. « On est là depuis cinq ans. Mais San Francisco est une ville extrêmement chère, et ce quartier est très à la mode désormais. C’est une bénédiction de pouvoir rester ici, continuer à faire nos trucs, et à vendre nos produits ici. » Leur inspiration ? « Pas mal de voyages » nous répond un des fondateurs, qui gère la partie créative. “ On fait ce qu’on aime, on ne suit pas les modes. Quand je design je pense à ce que j’aime, à ma vie, et dessine une petite ligne. Nous en faisons une nouvelle tous les deux mois, avec une centaine de pièces. Quand les clients nous disent qu’ils vont revenir pour acheter un produit, on les prévient qu’il ne sera surement plus là. On est plus créatifs comme ça qu’en faisant les collections classiques, printemps/été et automne/hiver. »

Et le succès est au rendez-vous : la marque a des clients fidèles en Europe, et un réseau de distributeurs en Amérique du nord et au Japon. Avant de partir, nous demandons quelques conseils aux maitres des lieux pour notre playlist californienne (Voir l’encadré spotify de cet article). Les réponses ne se font pas attendre : « California love » de 2pac, pour la partie la plus évidente, mais aussi « San Francisco anthem » par San Quinn. Une reprise hip hop du tube hippie de Scott McKenzie. D’une contre-culture à l’autre, la boucle est bouclée.

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Introduction

Etape 1 : San Francisco

Etape 2 : Half Moon Bay - Santa Cruz 

Etape 3 : Santa Ynez - Santa Barbara

Etape 4 : Venice Beach, Los Angeles

inspiration américaine chez Faze Apparel
tee-shirt Faze Apparel, startup de mode à San Francisco
golden gate

Afin de comprendre cette relation particulière entre cette ville et la musique, nous avançons dans la Mission, à la découverte des magasins de Vinyles. Après un accueil moyennement agréable face à nos caméras chez Stranded, nous traversons la rue pour interroger le vendeur de « 1-2-3-4 Go ! Records » Un métalleux à l’ancienne qui nous rappelle l’importance des grosses guitares saturées dans le son de la baie de San Francisco : « C’est une ville magnifique ou les artistes sont toujours venus. La baie a une histoire musicale incroyable, depuis les sixties jusqu’à aujourd’hui. Pour moi, qui écoute beaucoup de métal des eighties, j’aime les groupes qui ont commencé ici comme Metallica, Slayer, et en général beaucoup de trash metal, et du death metal underground. J’aime bien Grateful dead et des trucs comme ça, mais bon… c’est un peu de l’histoire ancienne. » Des préférences esthétiques qui se reflètent dans le magasin ? « Ici, notre spécialité a toujours été le punk, mais petit à petit, on a un peu élargi nos horizons, et vous pouvez trouver du jazz, de la soul, de la funk… Pas mal de trucs différents en fait. » Parmi ses recommandations de groupes issus de la scène locale, Tony Molina, et Grass Widow. Après écoute, pas de quoi couper la gorge à un poulet, les métalleux sont finalement de grands romantiques.

quelque vinyls vendus aussi à La Garçonnière !
Discaire dans la Mission de San Franisco

Après une grosse journée de découverte de la ville, il est temps de se lancer à l’assaut du sommet de Twin Peaks, pour un petit shooting des marques de La Garçonnière sur fond de lumière Californienne. C’est bien beau de se balader, mais il est temps de bosser, le lookbook du voyage en dépend ! Malgré un froid de dingue, nous prenons gentiment la pose, avec la ville en fond, le soleil qui tombe sur l’océan, et ces couleurs de dingue qu’on ne trouve qu’en Californie. D’abord du bleu, puis du jaune, du rouge, de l’orange, du rose…. L’arc en ciel y passe en entier avant que la lumière ne finisse par disparaitre. Nous rentrons à l’appartement pour se préparer à sortir. Un pull enfilé, direction Japantown pour y retrouver un ami, boire des bières, manger beaucoup trop de california rolls, et des mochis glacés. La nuit est bien avancée lorsque nous rentrons, mais la ballade valait le coup.

Pour notre dernière journée à San Francisco, direction le Golden Gate à l’aurore, en direction de Sausalito. L’occasion de constater l’omniprésence des grands espaces, en à peine dix minute de voiture du centre-ville. Un mode de vie à la fraiche, idéal pour prendre son vélo à la sortie du bureau et aller se taper 20 kilomètres en pleine nature. Le rêve ! Le Marin County, où se trouve Sausalito, est d’ailleurs l’un des endroits les plus appréciés des habitants de la région pour ses forêts, ses plages et ses collines. Des espaces protégés et très peu d’habitants, très privilégiés, cela va sans dire : le comté est le plus riches des Etats Unis, et abrite notamment le célèbre Skywalker Ranch de George Lucas. Nous profitons de notre virée pour faire une deuxième session de photos devant le Golden Gate, avec les paquebots qui passent au loin. Dernier stop sur le port de Sausalito, pour un déjeuner à l’équivalence calorique du régime quotidien de trois sumos. Puis retour à San Francisco, ou l’hôte de notre Airbnb nous propose d’aller faire la fête dans une immense villa à l’entrée du Yosemite avec ses copains du Burning Man. Nous déclinons avec regret, mais on reviendra, c’est sûr. Une Garçonnière à San Francisco, ça aurait plutôt de la gueule non ?

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